Posture sociétale

L’Atelier du Limousin part du postulat que les milieux ruraux, grâce à leurs atouts solides en termes de patrimoine naturel et culturel, peuvent être le fer de lance de l’action pour un futur soutenable en devenant des témoignages de mutations écologiques et sociales réussies.

Pour cela, l’exploration de nouveaux récits constitue la colonne vertébrale de notre projet. Le rôle et l’essence même de l’architecture est en effet de véhiculer un imaginaire ou d’accompagner un message tout en étant ancrée dans son espace naturel ; enracinée dans un terroir qui en constitue sa chair.

Ces nouveaux récits, c’est tendre vers la recherche d’alternatives aux sociétés modernes, vers moins de pollution de l’air, de l’eau et des sols, moins d’extractivisme, plus de vivant et d’équité, plus d’esthétique et de résilience. A l’image de la médecine, l’architecture est ici vue comme pouvant soigner, ménager, réhabiliter, et surtout régénérer les milieux de vie.

Face à ces grands défis contemporains, il s’agit donc de mener une réflexion sur l’essentiel face à l’accessoire tout en s’érigeant pour principe éthique la recherche d’une haute qualité de reliance, de conception, de réalisation et de formation permettant de « montrer par l’exemple » et de pulser une vision d’avenir « conviviale ».

Pour commencer par le commencement, l’Atelier du Limousin a pour ambition de s’inscrire dans la continuité des actes de frugalité, de minimalisme et d’excellence des Bonshommes de Grandmont ayant, depuis le XIIe siècle, fait l’histoire et l’identité du lieu historique dans lequel il s’installe, la Grange aux Moines, en retrait des centres universitaires urbains et des pédagogies conventionnelles.

Posture disciplinaire

Nous habitons aujourd’hui dans un monde de plus en plus « insoutenable »1. L’architecture, et son enseignement, sont encore cependant très souvent issus d’une époque où les hommes se sont évertués à faire disparaître les spécificités des lieux (physiques et symboliques) au profit de systèmes technicistes, formels et génériques. Le développement d’une société écoresponsable qui s’impose peu à peu à travers le monde, commande de nouvelles formes de pensées et d’enseignements.

L’état des lieux actuel de la science nous montre qu’une approche écologique de l’architecture passe obligatoirement par une maîtrise du contexte de l’intervention, qu’il soit de l’ordre du spatial, du temporel et/ou des flux d’énergie, de matière et d’information. Le local-spécifique devient ainsi préférable au global-générique2 pour des raisons évidentes d’économie d’énergie, de moyens et de matière mais aussi pour le respect et le prolongement des cultures. Au-delà de l’enseignement du métier d’architecte et de la notion de responsabilité collective, que cela soit celle de l’architecte citoyen ou celle de l’architecte prescripteur, l’École d’Architecture doit offrir à l’étudiant la capacité à être un acteur prépondérant de la société nouvelle qui s’ouvre à nous. On le sait, les problématiques environnementales et sociales ne sont pas des freins au développement d’une architecture riche de qualités (émotionnelles, constructives…). Ce changement de paradigme sociétal et mondial offre au contraire un territoire fertile d’idées puis de formes : voir en exemples les œuvres chinoises de Wang Shu, les constructions terrestres de Martin Rauch, les recyclages des Américains de Rural Studio ou Patrick Bouchain, les épures sudistes de Gilles Perraudin ou les explorations sociales de l’Allemande Anna Heringer. La pertinence et la richesse de ces positions face à des milieux variés montrent qu’après avoir été effacée sous la pression de l’architecture moderne et générique internationale, la contextualité de ces architectures ressurgit et avec elle tout le sens d’une architecture située, attentive, environnementalement juste et culturellement représentative.

  1. Berque, Augustin, Bonnin Philippe et Ghorra-Gobin, Cynthia, La ville insoutenable, Belin, 2006 ↩︎
  2. Koolhass, Rem, « Junkspace », Ed payot, Paris 2010 (texte original 2001) ↩︎